«Laisse-le donc pleurer!»

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«Laisse-le donc pleurer!»
J’ai eu mon premier enfant à une époque où ce conseil était souvent donné. Malheureusement, on l’entend encore. Le fameux 5-10-15…Cette méthode de résolution d’un problème relatif au sommeil (celui des parents, parce que pour le bébé, ce n’est pas un problème en soi) est issue des théories behavioristes : l’enfant adopte les comportements «payants», ceux qui lui bénéficient à court terme, et abandonne les autres.
Le behaviorisme n’est pas faux comme théorie de l’apprentissage ni mauvais comme méthode d’éducation, mais il est très incomplet et insuffisant. Il néglige un aspect très important : en général-je l’espère bien- lorsqu’on prend soin d’un autre être vivant, on ne souhaite pas simplement qu’il agisse selon nos quatre volontés. On veut aussi qu’il devienne progressivement un individu plus autonome et capable de tolérer nos absences tout en ayant confiance que nous serons là pour lui au besoin, ce qui contribuera grandement à son bien-être. C’est ce qu’on appelle avoir une relation d’attachement sécuritaire.
Pour le reste de ce texte, vous remarquerez probablement que je passe allègrement des chiots aux bébés humains et vice-versa. Je me le permets pour une raison bien simple : tous les bébés mammifères ont à peu près les mêmes besoins! On peut assez facilement et logiquement faire des parallèles scientifiquement valides.
Certaines personnes ont eu des chiens avant d’avoir des enfants. J’ai fait l’inverse. Quand j’ai eu mon premier chien, j’avais déjà développé ma sensibilité aux besoins de d’autres petits mammifères : les quatre petits humains que j’ai mis au monde et allaités.
Pour prendre soin de ceux-ci, j’ai reçu des conseils contradictoires, mais je n’ai pas hésité à écouter ce que mes émotions et mes intuitions de mère m’indiquaient : mes bébés avaient besoin d’être touchés, tenus dans les bras et sécurisés.
Quand je suis allée chercher mon chiot chez un éleveur, j’ai bien vu le contraste entre les conditions dans lesquelles il y vivait et celles que j’allais lui offrir. Habitué de dormir entassé sur ses huit frères et sœurs, il allait se retrouver dans une maison sans aucune présence canine. Je n’allais pas, en plus, le priver de toute présence humaine pendant une nuit entière dès le premier soir! Il était simplement hors de question que je fasse abstraction de ses besoins. Ne pas répondre à ses appels lui aurait fait apprendre qu’il ne servait à rien d’essayer de communiquer avec moi. Si telle avait été la leçon que je voulais lui inculquer, il eut mieux valu que je n’aie pas de chien!
Depuis, à toutes les personnes qui m’ont demandé des conseils sur l’éducation de leur chiot (et les ont suivis, ça c’est une autre histoire…), j’ai recommandé d’accorder un temps d’adaptation à leur petit chien. Ils ont tous appris à être seuls la nuit en environ une semaine. Sans pleurs et sans traumatismes. La vitesse de maturation du petit d’humain étant beaucoup plus lente, les parents doivent faire preuve de plus de patience.
Il se trouve que la recherche confirme l’évidence : les chiens qui ont des maîtres évitants (ils répondent peu aux demandes d’interaction de leur chien, ne favorisent pas la communication à deux sens et manifestent peu d’affection) développent plus d’anxiété de séparation. De plus, ignorer les appels du chiot en détresse peut lui causer des traumatismes. Contrairement aux idées reçues, un attachement sain avec son parent ou maître ne mène pas à plus d’anxiété de séparation, mais à moins!
Je comprends la fatigue des parents ou maîtres et leur recherche de résultats rapides. Je les comprends très bien; j’ai déjà été à leur place. Je dois toutefois être réaliste: en matière de relations, les raccourcis, s’ils existent, ne sont pas sans conséquences.
Je ne suis certainement pas en train de vous dire qu’il faut absolument dormir près de son chiot pendant tant de jours ou de semaines ou qu’on doive prendre un congé parental d’une durée X et se lever la nuit jusqu’à un certain nombre de mois. Non, je vous dis simplement que les petits mammifères naissent avec un besoin de contacts physiques et de présence et que la vitesse à laquelle ils arriveront à s’en passer est variable. Si on choisit de les accueillir dans nos vies, on doit faire preuve d’une certaine souplesse, tout en faisant de notre mieux pour progessivement les mener vers plus d’autonomie.
Quelques liens:
Sur les séquelles de laisser pleurer chez le chiot et chez l’enfant.

Sur l’anxiété de séparation  chez le chien et chez l’enfant

Caroline Kilsdonk


6 réflexions sur “«Laisse-le donc pleurer!»

  1. Je suis entièrement d’accord ! J’en suis a mon 6 ième chien et ils ont tous dormi avec moi les premiers jours et font leur nuit très rapidement. Ca me crève le coeur de les laisser seul lorsqu’il pleure durant les premiers jours d’attachement. Je suis éducatrice dans le domaine canin et je suggère fortement à tous mes clients de faire ce qui est écrit dans votre article! Merci

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  2. Très intéressant cet article!
    On s’arrête ( J’emploie le « on » a dessein avec cette vieille maxime en tête « On est un con », en m’incluant dedans…) en effet trop souvent sur la théorie béhavioriste qui dit que l’individu (humain ou non) va opter pour le comportement payant… Vous m’avez fait voir tout cela d’un œil tout à fait nouveau!!

    Peut on « manipuler » l’individu que l’on aime pour qu’il exécute nos 4 volontés?… Vaste question! C’est un sujet éthique auquel on devrait tous réfléchir… Ou placer les limites?
    Dans l’idée, les parents/maîtres qui laissent pleurer leur enfant/chien, peuvent le faire pour une raison noble : « si je reviens au moindre appel de sa part, il ne sera jamais autonome ». Or c’est ce qu’on peut souhaiter de mieux aux individus dont on prend soin : l’indépendance. Puis je manipuler à condition que ce soit « pour le bien » de l’autre? Quel est le « bien » de l’autre?

    Finalement, encore une fois, il s’agit de trouver le bon timing. Oui, on se sépare, mais lentement.
    C’est un peu le même problème avec l’immersion. Une méthode brutale qui confronte l’individu avec sa phobie. On n’aurait pas l’idée de balancer un phobique du vide du haut d’une falaise en saut à l’élastique en espérant qu’après ça, il n’aura plus peur. Par contre, en l’habituant à sauter de 5 cm, puis 10, puis 50, puis 1m et ainsi de suite, il y a fort à parier que cela se passera mieux.

    Merci pour cette réflexion en tous cas!

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  3. Bien heureuse de savoir que j’ai réussi à alimenter la réflexion d’une personne aussi habile avec les mots!
    C’est exactement ce que je cherchais à exprimer: les options du tout ou rien (laisser pleurer ou dorloter à l’infini) peuvent tous deux finir par être néfastes. Tout est dans le timing comme vous le dites si bien, et comme ce bon timing n’est pas le même pour tous les individus, ce n’est pas chose simple!
    Et oui, j’appliquerais le même raisonnement aux phobies plutôt que d’exposer par immersion ou éviter le déclencheur.

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  4. Je suis à mon 13 IIème merveilleux chiens et je n’aie jamais aimé les conseils que l’on donnait à l’époque; donner un petit coup sur la cage lorsque le chiot pleurait. Comment développer une relation de proximité avec son chien si, comme vous le dites si bien, …ne pas répondre à ses appels lui aurait fait apprendre qu’il ne servait à rien d’essayer de communiquer avec moi. je suis tellement en accord avec votre article.
    Je prend des cours avec mon jeune chien, dans trois écoles différentes. Au départ, le renforcement + (très à la mode et c’est tant mieux) est mis de l’avant, mais le résultat doit être rapide, les attentes sont grandes et le chien doit performer. Au début le comportement non désiré est ignoré, mais on arrive vite à des corrections ou manipulations non souhaitables qui sont donnés aux chiens. Ignorer c’est mieux, mais en faisant fi systématiquement d’une attitude qui nous dérange, on passe peut-être à côté de ce que notre chien a à nous dire…Donner confiance, écouter, respecter, créer un lien fort, tous ça demande du temps et de la patience
    merci pour votre article, car il me fait réfléchir et mon chien vous en remercie 🙂

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    1. Votre 13e chien! Vous avez beaucoup plus d’expérience que moi. C’est assez exceptionnel! Ce que vous décrivez reflète une situation déplorable dans le milieu: il est difficile pour les gens d’être bien conseillés. Si vous cherchez un bon éducateiur respectueux, il se pourrait que je puisse vous conseiller une personne (selon votre région). De plus en plus, les bons éducateurs insistent sur la nécessité de créer un lien fort.
      Je dis souvent que sinon, on prend un raccourci mais qu’on peut en subir les conséquences.
      Merci d’avoir pris le temps de commenter! 🙂

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